Dynamique et visions du paysage québécois

Québec, 15 au 18 juin 1998

LES THÈMES, RÉSUMÉ DES CONFÉRENCES ET
SÉANCES D’AFFICHES

La liste qui suit regroupe les conférences par thèmes. Elle contient le résumé des interventions de même que les coordonnées de la plupart des conférenciers afin de faciliter les échanges avec ces personnes.

Les textes de plusieurs conférences sont disponibles sur demande et sont identifiés en conséquence. Ils peuvent être obtenus moyennant le coût de la reprographie auprès du Secrétariat des États généraux.


LES TRACES DE L'HISTOIRE

LES MODES DE STRUCTURATION DU PAYSAGE QUÉBÉCOIS ET LEUR IMPLICATIONS SUR LES ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES DE L'ARPENTEUR-GÉOMÈTRE

Les formes du paysage québécois peuvent être expliquées à l'aide de facteurs structurants, comme le morcellement du territoire et la réglementation régissant l'utilisation du sol. Le morcellement initial du territoire en seigneurie et en canton a conditionné la constitution historique du paysage, en prescrivant la dimension des lots et la position des chemins. Le morcellement constituait la principale trame à laquelle devait s'harmoniser l'occupation du sol rural et urbain. Plus récemment, de nouvelles préoccupations sociales pour le paysage ont favorisé l'émergence d'un autre type de facteurs structurants: les règlements d'urbanisme et de protection de l'environnement. Mais, la superposition de ces règlements sur le morcellement n'est pas toujours optimale, donnant lieu parfois à des paysages de piètre qualité Aussi, les règlements, en utilisant la technique du zonage, accentuent l'uniformisation des paysages.

De cette évolution des modes de structuration du paysage, découle des modifications sur diverses pratiques professionnelles, dont celle de l'arpenteur-géomètre. Ses opérations de délimitation ne sont plus restreintes au morcellement foncier et au positionnement des limites de propriété privée et publique, mais visent aussi à identifier sur le terrain des zones d'application réglementaires spécifiques, comme les zones agricoles et les bandes de protection des rives des cours d'eau. L'analyse des formes du paysage permet donc de reconnaître l'évolution de la pratique de l'arpenteur-géomètre. Bien que l'essence même de sa profession n'ait pas été modifiée au fil des ans, ses champs de pratique se sont néanmoins élargis, le plaçant plus étroitement en interrelation avec les autres professionnels du paysage.

Beaulieu, Berthier
Francis, Roy
Département des sciences géodésiques et télédétection
Université LavaI
Sainte-Foy (Québec)
G1K 7P4

LE SQUARE ET SES PROLONGEMENTS, ÉTUDE DE CAS : LE SQUARE SIR-GEORGES-ETIENNE-CARTIER À MONTRÉAL (texte disponible)

Dans le développement de Montréal, caractéristique du XIX siècle, l'usage du square comme forme urbaine se superpose à la place de marché. Ce nouvel espace de convivialité dont l'aménagement formel favorise la contemplation est à son tour supplanté vers 1940 par l'implantation d'espaces récréatifs et sportifs. Cet exposé veut concilier préservation, différents usages et des nouvelles formes dans une perspective où nous interpellent à la fois palimpsestes et successions de paysages.

Le square Sir-Georges-Étienne-Cartier, créé en 1912 au cœur du quartier Saint-Henri, constitue, selon nous, un lieu privilégié d'enchâssement et de développement d'une succession de valeurs, et par le fait même, de formes liées au paysage montréalais des débuts à la fin du XXe siècle. Celui-ci conserve en premier lieu l'essentiel des attributs patrimoniaux du square montréalais : son cadre bâti, ses tracés réguliers, sa fontaine et ses frondaisons d'arbres, de même que des spécificités rares. En second lieu, un prolongement de ce premier cadre au sud du square s'est vu profondément transformer pour répondre aux besoins récréatifs et sportifs. Cette direction de développement dans l'espace, à proximité du Canal de Lachine - dont le lien n'est obstrué par aucune construction - indique par ailleurs une possibilité judicieuse de poursuivre la succession de paysages, de refondre les usages, les formes qui leur sont associés, et de présenter de nouvelles propositions. Le rétablissement d'un réseau tel que représentait l'ensemble des squares initialement, la situation privilégiée et la valeur de l'ensemble donnent ses justifications à la protection et à la formation possibles de ce paysage urbain dans le cadre de la notion de projet.

Des Rochers, Jacques
3566, rue Sainte-Famille
Montréal (Québec)
H2X 2L1

QU'ENTEND-ON PAR AMÉNAGEMENT

Les paysages sont les miroirs des sociétés qui les ont aménagés et qui les occupent. Ils traduisent nettement les habitudes de vie, les structures sociales et les valeurs qui ont présidé à leur constitution. La notion d'aménagement s'attache à l'installation de l'homme dans son milieu physique et concerne directement la construction des paysages. Mais, qu'entend-on par aménagement? Le terme existe depuis quelques siècles, d'abord utilisé pour désigner la disposition de la demeure, le terme d'aménagement a été appliqué à l'exploitation de la forêt au XVIIe siècle. Par mimétisme, on a parlé plus tard d'aménagement du territoire, une vaste tentative d'hégémonie technocratique. Mais, qu'en est-il réellement?

On a tendance à confondre ménager et exploiter, comme on confond construire et habiter. Une exploitation sémantique et philosophique du terme aménagement en fait remonter les racines au latin manéo, verbe issu du grec antique méno se référant à la durée, au séjour, au fait de se maintenir dans un lieu.

Le bas latin et le Moyen-âge ont fait “ ménage ” et le terme prend alors une connotation à la fois de bonne gestion et d'intimité familiale. L'anglais le transforme en “ management ” et fait glisser le sens vers la gestion et l'exploitation économique. Mais ce “ ménage ” dans lequel l'homme constate maintenant qu'il doit vivre avec la terre nous oblige à faire une distinction entre aménager et exploiter, aménager et construire, aménager et dominer.

De nombreux acteurs sont absents du débat: politiciens, constructeurs, financiers, juristes. Cela ne doit pas nous faire oublier que le paysage, assujetti au dictât de la propriété privée est un produit essentiellement politique.

Marchand, Denys
Faculté de l'aménagement
Université de Montréal
CP 6128, succursale Centre-ville
Montréal (Québec)
H3C 3J7

UN PARCOURS DE LA VILLE VERS LA BANLIEUE, L'AXE DU CHEMIN DE LA CANARDIÈRE-CHEMIN ROYAL

À partir d'un des premiers parcours terrestre en Amérique du Nord, nous retracerons l'émergence et le processus de transformation des établissements humains permanents par le biais de l'analyse morphologique. La structure du territoire telle que nous la connaissons aujourd'hui sera décomposée selon les quarte échelles d'analyse (édifices, tissus, agglomérations, territoire) faisant émerger sa hiérarchie. Ainsi, outre l'influence de la ville de Québec comme pôle majeur et comme fin de course, nous nous attarderons également au processus d'expansion de cette ville-centre sur le territoire bordier de l'axe du chemin de la Canardière-chemin Royal. C'est cette lecture de l'historicité du lieu qui permettra de contribuer à la compréhension d'un phénomène issu de ce siècle des transports qui prend des proportions jusque-là inconnues à la ville traditionnelle: l'étalement urbain.

À travers trois grandes périodes charnières (Régime seigneurial, industrialisation et période des transports) dont chacune est caractérisée par des transformations importantes quant à la morphologie du territoire, nous tenterons de faire émerger la continuité ou la discontinuité du fil conducteur de ces transformations. Nous verrons l'influence des premières formes d'aménagement issues des cadres seigneuriaux sur les aménagements très récents, ceux associés à la banlieue et pourtant souvent qualifiés de discontinus. Ainsi, par exemple, le territoire de Beauport bordant l'axe du chemin Royal ne pourra être véritablement compris qu'à travers l'analyse des différents modes d'appropriation du territoire qui s'y sont superposés et qui contribuent aujourd'hui à une apparente complexité voire même à la confusion de la lecture structurelle du paysage.

Morency, Rémi
Saint-Gelais, Tremblay, Bélanger, Beauchemin architectes
983, 2e avenue
Québec (Québec)
G1L 3C2

L'ARCHÉOLOGIE DU PAYSAGE URBAIN : MÉTHODES ET APPROCHES POUR LA CONNAISSANCE DE LA VILLE

L'organisation de l'espace à travers le temps n'est pas un processus uniforme et linéaire. Les principes sous-tendant la conception et l'agencement des composantes de la ville répondent à des logiques culturelles et de composition variables: chaque période, chaque phase d'organisation a donc son propre sens et sa propre signification. Bien sûr, des vestiges de chaque phase subsistent dans le paysage actuel et créent une profonde richesse de lecture. Les recherches archéologiques peuvent fournir un outil puissant pour l'identification et l'analyse de ce processus. Des recherches archéologiques menées dans le secteur de la Terrasse Dufferin à Québec démontrent comment la ville s'est adaptée aux caractéristiques naturelles du site et comment ces mêmes caractéristiques topographiques ont acquis un sens dans la composition ui plan urbain. Lorsque l'analyse tient compte des perspectives visuelles offertes par cette partie de la ville, notamment à partir de la pointe de Lévis et à partir du château Saint-Louis, il devient clair que les aménagements paysagers à caractère militaire et civil s'intègrent à un schéma urbain, différent selon les époques, s'étendant à l'ensemble de la ville. Les résultats suggèrent que la ville française était conçue pour être lue en plan alors que les modifications apportées au tissu urbain pendant le Régime anglais créaient une ville répondant à l'impératif empiriciste dont le sens était conféré par une observation directe. Cette communication esquisse les principes méthodologiques développés pour l'analyse archéologique de l'espace urbain et présente les principaux résultats des recherches.

Moss, William
Division du design urbain et du patrimoine
Service de l'urbanisme
Ville de Québec
CP 700, succursale Haute-ville
Québec (Québec)
G1R 459

L'ÉTUDE DE POTENTIEL ARCHÉOLOGIQUE AU QUÉBEC : HISTOIRE ET TENDANCES ACTUELLES

Les archéologues sont souvent appelés à intervenir sur des territoires immenses, ou abondamment peuplés, pour lesquels peu de données sont disponibles. Comme il est à peu près impossible d'effectuer des inventaires complets de ces territoires, les archéologues font appel à la notion de potentiel archéologique. Au fil des ans, les archéologues québécois ont su développer des méthodes originales pour évaluer ce potentiel. Ils ont d'abord appliqué de simples recettes techniques pour maintenant recourir à des modélisations globales de l'usage des paysages.

Aujourd'hui, l'étude de potentiel archéologique se présente comme un véritable outil de gestion du patrimoine quand vient le temps d'aménager une route, un projet hydroélectrique, un développement domiciliaire, etc. Il s'agit d'un outil perfectible, mais l'outil existe et il nous permet d'évaluer la possibilité qu'un territoire ait fait l'objet d'une occupation humaine.

Pour les archéologues, les paysages représentent des vestiges historiques. Leur aménagement est susceptible de détruire des informations uniques sur l'origine et le devenir du phénomène humain. Malheureusement, la prise en considération de ce patrimoine unique est trop souvent laissée au bon vouloir des aménageurs. En effet, au Québec, les lois et règlements en regard de la protection du patrimoine archéologique sont peu explicites.

Pourtant, le patrimoine archéologique généré par l'occupation plusieurs fois millénaire du territoire québécois, constitue l'unique témoignage de ce passé. Ce patrimoine est extrêmement fragile, particulièrement de nos jours où le rythme de croissance de notre société atteint une ampleur encore jamais vue. Sa protection et sa gestion sont donc essentielles Si l'on veut éviter des pertes irréparables. Il est peut-être temps de doter le Québec de lois et règlements explicites quant à la sauvegarde de ce patrimoine non renouvelable.

PintaI, Jean-Yves
855, avenue de Lévis
Québec (Québec)
G15 3E2

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