TEXTES DES CONFÉRENCES DOUVERTURE Qui
Guérira mon paysage INTRODUCT ION Dimanche, je suis allé à Baie-Saint-Paul et je n'ai plus reconnu le jardin de mes parents. Une partie du jardin a été vendue après le décès de ma mère. Deux jours plus tard, tout a été coupé : pommiers, pruniers, cerisiers... fougères comprises. Quelle blessure ! J'espérais me consoler en montant la Côte de Saint-Antoine qui surplombe la Baie. Hélas, mon regard s'est buté sur une nouvelle rampe de protection en béton qui me coupe abruptement la vue sur la Baie et l'Île aux Coudres. Quelle trouvaille que ce mur-là! Puis en redescendant la Côte de Beaupré, avec panorama sur Québec, j'entrepris doucement mon calvaire sur le boulevard Sainte-Anne, désormais identifié et dénommé par nos milieux sophistiqués et branchés de strip expression de la joie de vivre . Quelle belle poutine! Et là, je me suis souvenu de cette phrase qu'Éric Gourdeau m'avait dite, quelques années plus tôt, en parlant de patrimoine et de paysage: Tu sais, des boulevards comme ça j'ai hâte de mourir pour ne plus en voir et il y en a partout . Avez-vous bien entendu ce qu'il m'a dit? Avez-vous bien entendu? J'ai répondu à ce réputé fonctionnaire de l'État qu'une autre génération parviendrait sans doute à corriger ces plaies, à moins que des groupes populaires se révoltent spontanément avant pour panser les blessures . Et je lui promis que je profiterais d'une occasion spéciale pour passer le message, pour lancer un cri d'alarme, pour panser la blessure et tenter de guérir ce douloureux paysage. Me voici donc avec des propos qui rejoignent, n'est-ce pas, ce que l'on entend ces jours-ci: maladie, soins, guérison... PATRIIMOINE ET PAYSAGE : DEUX ANALOGIES Ce n'est pas à vous que j'apprendrai qu'il faut conserver le paysage et le mettre en valeur, mais je voudrais vous mettre en garde contre la menace de vouloir tout faire à la fois et d'élargir tellement la notion du paysage qu'on finit par en perdre les contours et en diluer les limites, et par voie de conséquence par banaliser les responsabilités. L'analogie entre la notion de patrimoine et de paysage est frappante à cet égard. En patrimoine, depuis le 12e siècle, la notion d'héritage comprend la somme des biens transmis de génération en génération auxquels se sont ajoutés tous ces biens tangibles et intangibles dans de nombreux champs d'applications. Depuis 1922, au Québec, la notion de patrimoine classé par l'État est passé du simple bâtiment aux sites, et aux arrondissements historiques, véritables paysages urbains sans la dénomination. Je crois qu'il en est ainsi pour le paysage. Depuis le 16e siècle, la notion de paysage s'est aussi élargie. Si elle désignait généralement un site champêtre puis le tableau le représentant, elle désigne pour plusieurs maintenant une partie d'un pays, tout ce que l'oeil peut percevoir dans son ensemble. C'est l'immensité, les cieux, les monts, la plaine, comme le chantait le credo du paysan des années 50, sur vieux disques 78. Si le patrimoine peut contenir à la fois l'héritage du Trait-Carré de Charlesbourg et la recette de tourtière de nos grands-mères, le paysage peut contenir aussi les montagnes de Charlevoix et le mini-put de Sainte-Anne-de-Bellevue. Patrimoine et paysage sont donc deux notions qu'il faut mieux cerner, pour mieux contrôler, pour mieux identifier les responsables... les imputables. En plus de l'élargissement de la notion, l'analogie entre patrimoine et paysage se poursuit quant à la conservation et à la protection. Saviez-vous qu'en 1973, après la bataille dite des deux ligues de transmission d'électricité sur l'Île d'Orléans, la Commission des biens culturels a établi une liste non limitative d'une quarantaine de sites à protéger. Parmi ceux-ci le Mont Saint-Bruno, le Mont Saint-Hilaire, la Baie-Saint-Paul, l'lsle-aux-Grues, Cap-Trinité et la Baie-Trinité. Depuis lors, seuls Percé, Mingan et Saraguay ont été protégés. Et comment! Pourtant nous ne manquons pas de charte, ni de loi, ni de règlements pour sauver le patrimoine... Nous manquons probablement davantage de solidarité. Car le patrimoine ne se sauvera pas s il n'est pas approprié par la base, par la racine, par les gens mêmes qui le font. Il en est de même du paysage. Il y a donc des choix à faire, et puis des actions immédiates à entreprendre à court terme avant qu'il ne soit trop tard. Le diagnostic étant posé, il faut avec des projets mobilisateurs et fédérateurs comme on l'a dit ce matin et pas seulement microscopiques, faire appel à notre fierté et à notre imagination. JE PROPOSE DONC TROIS SORTES DE TRAITEMENTS:
CONCLUS ION Ainsi, si nos enfants n'ont pas le temps de lire toutes les thèses du cadre de vie sur Internet, ils auront peut-être l'avantage de vivre dans des espaces plus vivables, plus humains. Si nous sommes incapables d'agir et de guérir tout de suite, la nouvelle génération ne nous pardonnera jamais de lui avoir légué une poutine visuelle . On a brisé mon
jardin. Qui nous soignera?
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